Les Histoires Artistichaotiques

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Un peu de SF | Les Histoires Artistichaotiques

Voici quelques modestes alexandrins faits pour exprimer ma pensée lorsqu’un professeur de littérature me donne comme sujet d’écriture “Après” !

Thème : “Après”

Et après ? Après quoi ? Après qui ? Après quand ?

Asimov et ses lois ? Il y a plus marquant…

Bradburry et ses lunes ? L’exploration du ciel ?

Apollo manqu’de thune, nous d’un référentiel.

Comment compter le temps sans qu’on l’ait défini ?

Par rapport à avant, après c’est… l’infini ?

Lucas nous vend Star Wars, Doc’ retourne au futur

Bohr crie devant cette farce, quel manque de culture…

Tu veux la vérité, toi cher lecteur perplexe ?

Pas de quoi paniquer, ce n’est pas si complexe…

Pour connaître l’après, pas d’abracradabra,

Einstein m’a chuchoté : Seul le temps le dira.

Alban

Le Règne du Chaos | Les Histoires Artistichaotiques

**Note des auteurs : Ce texte à l’humour particulier peut heurter la sensibilité de certains d’entre vous. Si vous êtes vraiment ici, en train de lire ceci, je doute que ce message vous soit utile mais sait-on jamais : on ne se prend pas pour des grands auteurs à faire des phrases compliquées, ceci est une parodie, une private joke, un jeu, une plaisanterie, une blagounette, une cocasserie en tout point drôlatique… Bref. Merci à tous et… appréciez l’arrivée prochaine du chaos le plus total !

Dans les vastes contrées de Wam-Palala se baladait un renard. C’était l’automne, un automne où il faisait beau. D’ailleurs, le soleil brillait déjà dans le ciel, seule présence astrale dans ce tableau incroyablement bleu. L’herbe inondait l’atmosphère de sa verdure onirique en se ployant sous une douce brise matinale. Les pâquerettes se développaient à foison, profitant des conditions météorologiques particulièrement généreuses de ces derniers jours pour pouvoir souscrire à leurs activités favorites à savoir chanter, danser, faire des jolis bouquets de fleurs pour leurs mamans et recoiffer les jeunes dessinatrices. Ces fleurs contrastaient d’ailleurs merveilleusement avec les premières et rougeoyantes tombées de feuille des arbres avoisinants, ce qui, pour ne rien cacher, sublimait et magnifiait ce modeste paysage. Au-delà de ces forêts féeriques l’on pouvait constater le gigantisme des montagnes dont les neiges éternelles défiaient les lois de la nature avec une sérénité digne du sage poulet, et qui formaient la frontière entre l’état de Wam-Palala et la Yougocorée du Sud-Mais-Pas-Trop.

En contrebas de cette véritable muraille minérale se trouvait une clairière dont le centre était orné d’un étang où se traînaient avec atonie quelques canards dont l’innocence illuminait d’un doux éclat la surface de l’eau. Leur caractère aimable embellissait les alentours déjà sublimes qui se reflétaient volontiers dans leur oeil habile. Outre cela, de nombreux oiseaux pourfendaient l’azur d’un vol monotone en quête de quelque gibier susceptible d’assouvir leur appétit certain. La mélodie du vent se faufilant habilement entre les branchages n’était interrompue, à intervalles réguliers, que par le hurlement de quelques loups courant avec joie derrière un quelconque rongeur sans défense. Un véritable orchestre constitué de cigales, de criquets et d’autres artistes versatiles venait agrémenter et compléter cette douce harmonie sonore.

Plus loin, dans les vergers riches en couleur, l’air ambiant était embaumé de la délicieuse senteur de pomme venant titiller l’odorat du voyageur satisfait. Il était vêtu de tissu coloré, des teintes toutes plus différentes les unes des autres s’entremêlant mutuellement, comme autant d’étoiles sous la voûte céleste un chaud soir d’été. S’il était particulièrement attentif et réactif, il pouvait apercevoir une famille de lapins de garenne qui avaient élu domicile dans un terrier creusé avec amour et volupté dans la colline la plus proche, au sommet de laquelle se trouvait le chêne le plus vieux de la contrée dont la sagesse n’était plus à vanter. Certes son écorce narrait peut-être des histoires dont nul n’a le souvenir, mais néanmoins sa sève était riche ; riche en mémoire et en romances oubliées. Ses feuilles traînaient mollement au bout de ses branches d’une robustesse infinie, agrémentant les environs d’un balancement régulier correspondant au rythme de la brise, tel un métronome naturel d’une magnificence inégalée. Jamais la nature n’avait été aussi belle et gracieuse. Rien ne pouvait troubler cette apparente tranquillité si ce n’est le gazouillis lointain de certains volatiles acerbes.

Enorgueillie de la silhouette délicate des poissons la parcourant, la douce rivière longeant les plus grands cols serpentait dans toute la vallée, agrémentant la faune et la flore de son paisible reflux, pour aller se jeter avec délicatesse dans l’océan. C’est donc au bord de ce cours d’eau que notre ami le renard, après une longue et fastidieuse journée, alla se blottir afin de terminer en douceur cette aventure.

FIN

**Pour plus d’action, nous acceptons chèques, virements et carte bancaires.

Tom & Alban

Poème Poétique ! | Les Histoires Artistichaotiques

Charmants sont tous ces gens aux étranges loisirs

Hérauts de notre temps, point leur humour ne rouille

Rien ne peut entraver ni stopper leurs magouilles

Oublions les clichés, ils provoquent notre ire


Nyctalopes alcooliques, bardes invétérés,

Oniriques, utopiques, pour le moins atypiques

Serions-nous huit fêlés d’un monde féérique ?

Cela, en vérité, n’était qu’un aparté.


On a bien rigolé mais venons-en aux faits.

Parfois nous vient l’idée de conter des hauts-faits

Épopées et sonnets, filmés ou par dessins.


Unis dans le déni de la réalité,

Rêvant de donner vie à ces mondes cachés.

Saltimbanques transis, ce sont là nos desseins.


CONTRAINTES :

– Alexandrins

– Rimes en ouille

– Sonnet ( fin en xxy zzy )

– Rime à l’hémistiche suivies

– Rime embrassées et alternativement féminine-masculine

– Faire un acrostiche

Tom & Alban

Le Paradoxe de Jeremy | Les Histoires Artistichaotiques

Tout était paisible alors que Jerem buvait sereinement sa tasse de café au goût plus que douteux. Son regard profond était rivé sur son écran d’ordinateur mais son esprit était ailleurs, dans un monde merveilleux où les raviolis avaient atteint le stade suprême d’espèce dominante. Mais au fond il était mélancolique, cet univers n’était qu’une utopie imaginaire et jamais ne serait réel… Malgré tout, il tenait profondément à cet endroit incroyable et caressait secrètement le doux espoir de pouvoir voyager à travers les dimensions pour atteindre ce monde idyllique. Alors qu’il finissait son breuvage, la lueur du néon l’éclairant se mit à vaciller telle une bougie dans le vent, suivie par tous les autre éclairages de la pièce. Se levant avec toute la brusquerie dont il était capable, ce qui était tout de même limité, il se précipita vers toutes les prises de sa chambre, tout en jurant allégrement, pour s’assurer qu’aucune d’elle n’était défectueuse. C’est en touchant la dernière, celle derrière son canapé, qu’il fut aveuglé et étourdi par une étrange force qui s’empara de lui, comme pour l’amener ailleurs…

Tout était peinard, Jerem s’enfilait tranquillement son kawa dégueulasse. Il zieutait son ordi en imaginant un monde qui déchire avec des raviolis trop badass. M’enfin, c’était la tuile, cet ailleurs était pas la vraie vérité. Pourtant il adorait l’idée et crevait d’envie d’y aller. Il balança son mug sur le bureau, pis toute la lumière autour s’est barrée. Et dans un flash, “paf”, un mec est apparu à côté de lui. Du coup, il a craqué, pété un câble, craché toutes les conneries qu’il avait dans la tête, puis il a vu que le mec qui venait d’arriver lui ressemblait vachement.

– Mais, cher ami dont la ressemblance avec ma personne me titille, où suis-je donc ? demanda Jerem.

– Woooow ! Il veut quoi le bro’ qui s’est greffée ma tronche ? sursauta Jerem.

– Oh je crois comprendre… Votre front… Vos pommettes… Vos cheveux… Ne seriez-vous pas moi ?

– Comment que ce serait possible ? C’est trop abusé, ce délire de ouf !

– Mais bien sûr ! C’est l’éclat lumineux qui m’envoya ici afin que nous nous rencontrâmes ! Vous êtes ainsi mon double d’une vulgarité inégalée ! Oh !

– Wah. Eh bah, c’est franchement dingue. T’es comme moi, t’as pas l’air trop con, par contre tu causes franchement comme un connard. Bon… Fais comme chez toi, j’t’offre une binouze ?

– Très peu pour moi mon cher. La priorité est de déceler la cause de ma présence en cet endroit. Donc réfléchissons mon ami !

– T’es pas dans le tort, frère. Comme qui dirait, je pense, donc j’m’essuie !

Soudain Jerem (celui longuement décrit lors du premier paragraphe) vit un nouveau flash qui fit apparaître dans une envolée de papiers une troisième silhouette. Jesup était venu à eux, de toute sa prestance divine à laquelle nul ouvrage ne saurait rendre meilleure justice que les yeux des spectateurs.

L’autre Jerem le regarda, c’est vrai qu’il imposait mais bon, pas de quoi en faire tout un plat hein. Et puis ça commençait à être chiant tous ces blaireaux qui venaient squatter chez lui sous prétexte que c’était quatre heures.

Quelle ne fut pas la surprise de Jerem à la vue d’une autre personne, d’une taille plus modeste et affublée d’une longue blouse, cachée derrière Jesup.

– Salut les glandus, bienvenue dans mon putain de laboratoire ! s’écria le prof pokémon.

– Vous ici ? Comment se fait-ce ? s’interrogea Jerem.

– Quelqu’un pour aller m’acheter un paquet de clopes ? demanda Jesup.

– Y’a qu’un mec qui saura réparer ce bordel. Et vu comment tout le monde rapplique chez moi je suis sûr qu’il va s’pointer !

– Mais de quel individu fantastiquement remarquable nous narrez-vous l’existence ici, mon très amical moi-même ?

– Eeeeeh regardez ! Par terre, un nénuphar ! Pokéball go ! s’affola le prof.

– J’le connais lui, il vient du même monde que moi ! s’émerveilla Jesup. T’aurais ramené du tabac bien de chez nous avec toi Gérard ?

En effet, à même le sol se trouvait Gérard le nénuphar, le plus vieux et sage de son espèce. Il éleva sa grandiose voix de ténor et le silence se fit.

– Mes chers amis, si nous sommes ici c’est pour une bonne raison ! Laquelle ? Ah ha ! Et bien cela m’est obscur malheureusement… déclama Gérard.

– Aaah, Dinotopia. Dinotopia est à la base un univers créé par… commenta la voix d’un nouveau personnage apparu dans un flash lumineux plus discret.

– Je continue avant que ça n’empire trop. Alors par contre grâce à la sagesse contenue dans ma chlorophylle je sais comment arranger ça ! Il suffit de…

– Bah quoi ? brailla Jerem. Il faut foutre quoi pour que tout ce bordel s’arrête et que j’puisse finir de mater mon film sans qu’on vienne m’emmerder ?!

– Bon, il suffit de… [suspense]… Manger chacun un sandwich fraise-oignon les yeux fermés !

– Ça tombe bien pour vos petits culs, conclut le prof. Je ne me sépare jamais de mes sandwichs fraise-oignon, c’est toujours pratique pour attirer les femelles pokémon, héhé.

– Faits con amor par el Assistant ! affirma l’assistant qui venait d’apparaître.

– Non, pas cet abruti ! s’exclama le type en blouse. Allez tout le monde, à table et à plus ! On se retrouve à la prochaine génération !

Et c’est ainsi que tous nos amis rentrèrent chacun dans leur univers, prêts pour de nouvelles aventures.

Ce qui était pas plus mal parce que franchement, Jerem en avait jusque-là de tous ces crétins.

– Euh les mecs elle est sympa votre histoire mais vous savez que je parle d’aucune des deux façons du texte ? demanda Jerem.

– Ne nous importune pas de tes détails encombrants, l’ami, riposta Alban, d’un ton dédaigneux.

– Yeah grave ! répondit Tom avec philosophie.

Tom & Alban

Le Retour de la Fantasy | Les Histoires Artistichaotiques

…DIX CONTRAINTES

I – Une soupape de moteur

II – Un orc qui joue aux Échecs

III – Un fusil qui nettoie

IV – Une greffe de pattes sur un serpent

V – Un Barbare Gay

VI – Une comparaison physique entre un elf et une bouteille d’huile

VII – Une maison style Western

VIII – Un voyage dans le temps à bord d’une calèche

IX – Une fille grenouille dont les mains et les pieds sont palmés et elle a une langue de grenouille

X – Le barbare et l’orc sauvent le monde grâce à une sandale

ET UNE HISTOIRE…

Dans une salle obscure, un homme attendait. Il était richement vêtu de soie et de broderie et était assis sur une énorme chaise en bois pourvue de coussins dorés. La porte de la salle s’ouvrit alors sur une petite créature verdâtre et moustachue.

– Ils sont là, monsieur.

– Faites-les entrer.

– Vous êtes sûrs de vous ? Leur réputation de brutes sanguinaires n’est plus à faire…

– Ne discute pas mes ordres, avorton, menaça l’homme assis d’une voix grave.

Le servant ouvrit donc la porte et fit signe à deux énormes silhouettes d’entrer. Ils s’exécutèrent et pénétrèrent dans le salon privé du maître des lieux. Le regard qu’ils jetèrent au gobelin en passant l’encouragea à se coller contre le mur dans l’espoir de fusionner avec la pierre. Le faiblard avait devant lui un orc et un barbare, tous les deux monstrueux tant par leur apparence que par leurs actes, ayant chacun de son côté causé la mort et la désolation dans la région depuis plusieurs semaines.

L’orc était particulièrement grand, même pour sa race, était vêtu entièrement d’une armure de cuir souple et avait à sa ceinture suffisamment d’armes blanches pouvoir tuer chaque individu présent dans le château avec un instrument différent. Ses yeux luisaient d’une intelligence malveillante, chose rare et redoutable pour un peau-verte.

Le barbare était bâti dans les mêmes proportions que son nouveau camarade, mais était pourtant beaucoup moins impressionnant. Était-ce dû à ses longs cheveux blonds platines, au fait qu’il n’était vêtu que d’un slip rose bonbon, à son tatouage en forme de cœur sur le biceps droit, à son regard lubrique ou à son rouge à lèvre à paillettes ? Nul n’aurait su le dire.

– Messieurs, bienvenue dans mon humble demeure, les accueillit le riche. Mon nom est Rektas Corruptihn.

– Vous, beau gosse ! S’exclama le barbare. Quand taper ?

– .. passons directement à l’ordre de mission alors. J’ai besoin que vous deux fassiez équipe pour me ramener une femme tout à fait atypique.

– Comme les insectes ? Demanda la brute en slip.

– .. Non, en réalité il s’agit d’une elfe qui a subi une malédiction. Elle est à-moitié grenouille.

– On va pas aller sauver une elfe, vous êtes fou ! S’étrangla l’orc.

– Je vous donnerai quinze-mille pièces d’or, assura Rektas.

– On signe où ?

Après avoir fait semblant de farfouiller dans ses papiers, le commanditaire sortit un contrat et une plume et fit apposer leur marque à ses deux mercenaires. L’orc y dessina une tête de mort cornue et le barbare une scène que nous ne relaterons pas ici, dans un objectif de bienséance.

Alors qu’ils allaient quitter la salle et que le barbare commençait à séduire son nouveau partenaire, ce dernier se retourna.

– Au fait, on la trouve où la gonzesse ?

– Dans le futur, bonne chance !

Plus tard dans la soirée, le duo de choc se retrouvait dans le coin d’une taverne, réfléchissant à comment ils allaient bien pouvoir accomplir leur mission.

– Tu sais Grunk, commença le moins virile des deux bourrins, les elfes, c’est comme les bouteilles d’huile !

– Hmm ? Qu’est ce que tu dis Camille ? Interrogea le peau-verte.

– Bah, c’est petit, jaune, ça glisse et ça se mange juste en accompagnement.

– Vu comme ça… »

Suite à cet échange, le barbare, sans doute par dépit, enchaîna les verres d’alcool fort et fut rapidement incapable d’apporter quoi que ce soit à la réflexion, si tant est qu’il ait pu y participer dans son état normal. À côté, l’orc carburait à la bière sans toutefois en abuser, tout en jouant aux échecs avec tous ceux qui acceptaient de faire une partie contre lui. C’était sa propre façon de se détendre et de faire marcher son cerveau à son maximum. Les adversaires défilèrent sans qu’aucun ne parvienne à opposer de réelle difficulté à la brute jusque tard dans la nuit. Alors qu’il allait remballer son jeu et partir se coucher, le peau-verte entendit la clochette de la porte d’entrée résonner et un homme entra. Il était tout à fait singulier, habillé d’une sorte de longue tunique blanche et ses longs cheveux blancs se dressant de chaque côté de sa tête, ce qui lui donnait un air un peu fou… ce qui était parfaitement raccord avec ses yeux exorbités et ses paroles.

– 2,21 GigoWatts ?! MOOOON DIEU !

– .. Bonjour, c’est pour quoi ? Interrogea le tenancier.
Marty ? Nous allons te renvoyer dans le futur !

– Le futur, avez-vous dit ? Demanda l’orc, soudain intéressé.

– Eh oui !

– J’ai besoin d’y faire un tour, pourriez-vous m’y aider ?

– Hmoui d’accord, de toute façon ma machine reste un peu… expérimentale, j’ai bien besoin de sujets de laboratoire, réfléchit le vieux fou. Je vous engage !

– Excellent, quand partons-nous ?

– Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne ! Garantit le scientifique. Mais j’ai besoin de vous poser quelques questions.

– Allez-y, grogna le peau-verte.

– Affirmez-vous être prêt à faire face à une réaction nucléaire et vous engagez-vous à respecter le matériel dans toutes circonstances ?

– .. Oui…

– Et comptez-vous draguer votre mère ?

– Quoi ?! Mais…Non enfin !

– Parfait, à demain voyageur à l’hygiène douteuse ! »

Le patron, médusé, récurait le même verre depuis dix minutes. Il ne s’en aperçut qu’une fois que les deux interlocuteurs s’en furent partis et décida que demain, il poserait un congé maladie. Sa tête lui jouait des tours, il en était sûr.

Le lendemain matin, alors que le soleil commençait à pointer le bout de ses rayons à l’horizon, les deux guerriers étaient déjà debout devant la grande ferme du vieux fou. Ils attendirent plusieurs minutes que celui-ci sorte la fameuse machine à voyager dans le temps de sa grange et, quand il y parvint, ils constatèrent qu’il s’agissait d’un étrange véhicule tiré par deux chevaux.

– Voilà pour vous les gars ! Vous montez sur la calèche -c’est le nom que j’ai donné à l’engin-, vous pensez très fort à ce que vous voulez atteindre et vous réapparaitrez à cet endroit. Enfin j’espère.

– Et il n’y a aucune condition ? Demanda Grunk.

– Bah si, faut que vous rouliez assez vite quand même.

– Et ce truc là, c’est quoi ?

– Une soupape de moteur !

– Et ça sert à quoi ?

– Quitte à voyager dans le temps, autant que ça ait de la gueule !

– Ouais enfin là… l’esthétique est… subversive quoi, commenta Camille.

– Pas de discussions ! S’énerva le scientifique. Montez et partez ! »

Il poussa un peu les deux brutes de ses bras maigrelets qui acceptèrent de monter sur la calèche, puis leur souhaita bonne chance. Il se dit alors qu’il avait oublié de parler des conséquences de leurs actions sur l’équilibre temporel. Tant pis.

Les deux héros s’en furent alors sur la calèche et attendirent de voir une descente pour amorcer leur voyage temporel. Lorsque la pente fut adéquat, ils lancèrent les chevaux à pleine vitesse puis fermèrent les yeux en criant « BASTON ! ».

Ils entendirent un étrange bruit de succion puis réapparurent au milieu d’une taverne.

– Putain Camille, qu’est ce que t’as foutu ?!

– J’avais soif.

– C’est malin…

– Mais j’ai perdu ma sandale, c’est pas marrant ! Mon vernis risque de partir maintenant !

– Comment ça se fait ? S’étonna Grunk.

– Sais pas. J’crois qu’elle s’est barrée quand on s’est téléportés. »

Ils observèrent alors les alentours et s’aperçurent qu’ils avaient sans doute changé d’époque. Les hommes présents dans le bar, qui ne s’étaient pas du tout aperçus de l’apparition des deux monstres, étaient habillés de grandes bottes avec une clochette pointue, de chemises à carreaux, de grands chapeaux et de ceintures de cuir. Alors qu’ils allaient commander à boire, trois hommes dont le bas du visage était couvert par un foulard entrèrent dans le saloon en brandissant d’étranges bâtons de fer et hélèrent le patron.

– Haut les mains tout le monde ! Bob, envoie la caisse ou on canarde !

– Tu crois qu’il va nous donner du canard ? Demanda Camille en murmurant.

– Tagueule, répondit Grunk sur le même ton. »

Pendant ce temps, le tenancier du bar, tremblant des genoux, apporta un coffre aux bandits et repartit se cacher derrière son bar.

– Allez gamin, dit le plus grand des vilains au plus jeune. On va attaquer la banque, pendant ce temps on te laisse nettoyer ici. Fais toi plaisir, j’en veux plus un qui bouge quand on revient.

S’ensuivirent des rires gras, puis les deux brigands s’en furent. Le dernier restant, très intimidé de se retrouver tout seul face à tous ces hommes et cherchant encore à comprendre les instructions de son supérieur, empoigna alors son fusil et commença à balayer le sol avec, rouge de timidité.

Sans demander plus d’explications, le barbare gay se leva, empoigna sa hache et, d’un seul coup, enfonça la tête du brigand dans son corps. Il fit alors signe à son camarade de le suivre et, devant une cinquantaine de personnes totalement hagards, Grunk et Camille sortirent de cette étrange taverne. Ils retrouvèrent sans peine les deux criminels restants, à l’intérieur d’une grande maison toute en bois, plutôt grande et dont le panneau d’entrée affichait « Western Bank ».

Choisissant chacun leur cible, l’orc et le barbare entreprirent de traîner les malheureux dehors. Chacun leur tour, ils mirent alors les corps à hauteur d’épaule et frappèrent dedans avec leur hache pour envoyer les cadavres le plus loin possible, inventant par la même occasion le baseball. Grunk l’emporta de peu.

– Faut pas déconner avec l’argent de la binouze ! » S’écria l’orc lorsqu’il envoya le bandit dans les airs.

Puis, sans se soucier des regards que tout le monde leur jetait, ils reprirent leur calèche qui avait atterrie juste devant le saloon et repartirent.

– Cette fois, penses à la bouteille d’huile.. Enfin à l’elfe qu’on doit aller chercher ! Ordonna le peau-verte.

– Ouais ouais… J’espère qu’elle est pas si huile que ça et qu’elle va pas nous glisser entre les doigts.

– Très drôle, se consterna le cerveau du groupe. Concentre-toi maintenant… Allez…. BASTON ! »

Cette fois, ils atterrirent au bon endroit, juste à côté d’une étrange fille dont les pieds et les mains étaient palmés et dont la langue était incroyablement longue et collante. En observant rapidement l’horizon, ils virent qu’ils se trouvaient entre deux bâtiments gigantesques qui crachaient de la fumée. Ils ne cherchèrent pas à comprendre davantage et, après avoir solidement ligoté l’elfe-amphibien à la demande de Camille, ils relancèrent leurs chevaux le plus vite possible. Un « Baston ! » plus loin, ils étaient de nouveau devant Rektas Corruptihn et lui tendirent la créature.

Avant de sortir du salon richement décoré, ils ne prononcèrent qu’une phrase.

– Le futur, c’est de la merde !

Quelques milliers d’années plus tard, dans un vaisseau spatial furtif, un homme aux traits particulièrement sévères faisait les cent pas.

La porte électromagnétique de son bureau s’ouvrit alors et laissa entrer un grand personnage entièrement vêtu de noir et dont le visage était recouvert d’un masque.

– Bonjour Seigneur Valdor, le salua l’homme sévère.

– Bonjour commandant, lui répondit une voix sombre et qui semblait synthétique. Êtes-vous prêts à lancer le rayon de destruction massif sur la planète Terre ?

– Oui, tout est prêt, je n’attends que votre autorisation, confirma-t-il. Je dois vous avouer qu’après l’échec de notre attaque de serpents mutants, je suis impatient de prendre ma revanche sur ces misérables !

– En effet, cette greffe de pattes sur ces reptiles stupides n’était peut-être pas notre meilleure idée d’invasion… Mais cette fois, tous les calculs ont été vérifiés, vous pouvez faire feu ! »

Alors qu’il allait appuyer sur le gros bouton rouge, une sandale apparut dans les airs et vint le percuter de plein fouet. Elle sentait particulièrement fort et était ornée de paillettes.

Perturbé dans son élan, le commandant vacilla un peu et, en tentant de se raccrocher à son bureau, appuya sur le mauvais bouton rouge.

« Auto-destruction du vaisseau dans 3…2…1… »

Alban

La revanche de la volaille | Les Histoires Artistichaotiques

Le texte qui suit est le premier opus d’un nouveau concept révolutionnaire ! Tom et Alban, écrivains émérites, ont décidé de partager leur talent et de produire une histoire à deux, écrivant une phrase chacun leur tour. Voici leur premier chef-d’oeuvre, la revanche de la volaille !

Il était une fois une poule, mais pas n’importe quelle poule. En effet, sa dentition proéminente la forçait à mal prononcer les “s”, autrement dit, à zozoter. Cela peut paraître anodin, mais cette spécificité morphologique lui valait d’être reconnu parmi la communauté des gallinacés. Les scientifiques de la basse-cour étaient particulièrement strictes quant à ceux qu’ils acceptaient en tant que tel, or il était admis depuis de longues années que les défauts de prononciation étaient signes d’intelligence supérieure. Ce qui était en général le cas. Mais revenons à nos moutons, enfin à nos poules, et laissez moi vous raconter comment John changea la face du monde.

C’était un vendredi matin. Le soleil était pluvieux, l’air était embrumé et les nuages étaient maussades. Ces crumbles mal dégarnis n’avaient aucune idée de ce qui allait se produire ce jour-là. Certes ils se doutaient que le temps allait probablement changer, mais rien, rien ne pouvait plus les désappointer que ce qui arrivait à l’horizon, la silhouette se découpant sur le lever du soleil. L’ombre qu’elle faisait planer sur la région de John était gigantesque, tel un vaisseau neptunien paré à l’attaque. C’est à ce moment-là que notre héros au sage bec arriva fièrement, héroïquement, et se positionna tel un mur protecteur entre les crumbles et la menace grandissante.

Les plumes brillant de courage face au danger, il sortit son calendrier et constata que sa terrible intuition se révélait être vraie. Ce qu’il avait toujours redouté depuis qu’il était jeune poussin était arrivé, son funeste destin venait à sa rencontre. Sa paraskevidékatriaphobie n’avait pas été illusoire, son pire ennemi, son nemesis apparaissait finalement devant lui en ce terrible jour du vendredi 13 Fructidor. Malgré cette frayeur qui l’envahissait peu à peu, John savait qu’il ne devait pas céder, il devait tenir pour tout ce qui lui était cher sur cette bonne terre. C’est pour cette raison qu’il se dressa fièrement devant cette silhouette mystérieuse et entama la discussion.

– Toi… Ze t’ai attendu depuis sce fameux zour… Tu n’as zamais quitté mes pensées, et enfin te voilà de retour, prêt à affronter ton desstin.

A cette menace la silhouette se rapprocha si bien que l’ on pouvait enfin discerner ses traits maléfiques. Ce n’était autre que Margaret !

Cette chouette, au bec fin et aiguisé comme la paroi d’une cacahuète particulièrement coriace, au buste fier sur lequel transparaissait un étrange médaillon, au pelage frémissant dans la brise telles des plumes de papillon, fixa John droit dans les yeux avant de répondre à son injonction.

– John, John, John… Le temps a passé mais tu n’as pas changé… J’avais pourtant espéré que tu grandisse mais on dirait que tu ne me laisses plus le choix désormais.

– Alors laissse les autres en dehors de sça et affrontons-nous. Je ssaurai venzer mes frères. Oeil pour oeil, bec pour bec.

– Aujourd’hui John sonne le glas de ta défaite. Nul ne m’a jamais terrassé au gobage de flambies ! Mouah ah ahahahah hah aha, s’esclaffa Margaret d’un air maléfique.

– La dernière fois, tu m’as scertes vaincu lorssque ma dent ss’est courbée sur le rebord de l’asssiette… Mais auzourd’hui, ze me ssuis préparé et depuis tout sce temps, z’attends avec impatscience l’heure de ma venzeansce ! Bats-toi pour ton honneur, Margaret !

La chouette effectua donc un bond en avant et, d’un geste de l’aile, fit apparaître face à eux deux assiettes, ornées de petites crevettes ne se trouvant qu’en haute mer les soirs d’automne et de feuilles d’érable. Deux sublimes flans mous nappés de caramel scintillant sous la voûte céleste se trouvaient à l’exact épicentre de chaque récipient de céramique, se balançant au rythme du destin. John avança vers ce défi d’un pas solennel et, regardant dans le blanc des yeux de son adversaire, se prépara au gobage.

Les croupions se dressèrent vers le ciel tandis que les têtes des deux combattants fondaient à une vitesse vertigineuse vers leur objectif. Les crumbles hurlaient des encouragements à l’intention de ces majestueux volatiles, ce qui renforçait non négligeablement la palpable tension flottant dans l’air ambiant.

Alors que le bec de John fendait les airs avec grâce et précision vers le délicieux caramel, ses pensées étaient tournées vers sa famille qui avait dû subir les répercussions de son précédent échec. Jamais il ne se l’était pardonné. Jamais il n’oublierait. Jamais il ne faillirait une seconde fois.

Pendant ce temps, non loin d’un ranch isolé, Guyome s’abreuvait avec plaisir de l’eau du puits de son oncle. La soirée était douce et fraîche, comme il les aimait. En écoutant bien, il réussissait même à entendre quelques oiseaux de passage. La vie était belle.

Margaret, sûre d’elle, plongeait vers le délicieux dessert quand son regard s’attarda sur le mouvement incroyable de son opposant. Elle n’en croyait pas ses yeux, était-il vraiment le même oiseau qu’elle avait déjà vaincu ? Plus rien n’était certain, cette façon de fondre ainsi sur le flan ne pouvait être réelle. C’était sûrement une ruse, un fin stratagème visant à la décontenancer. Mais… Non, c’était trop parfait. La chouette reconnaissait cette courbe que son corps décrivait, c’était celle longuement explicitée dans les plus vieux ouvrages gallinacéens. Il avait maîtrisé la Trajectoire parfaite.

C’est à ce moment que Margaret réalisa enfin qu’elle n’aurait pas ses chances face au détenteur de la Trajectoire. Stupéfaite, elle ne put rectifier son mouvement qui s’acheva au beau milieu des crevettes, maculant ainsi son plumage d’éclats de porcelaine.

John, victorieux, releva son bec encore suintant du caramel attestant de son triomphe. L’équilibre avait finalement été rétabli, sa dette avait été payée. La foule l’accueillit tel un véritable héros, clamant en chœur son nom qui résonna dans toute la région, jusqu’à l’éternité.

Tom & Alban